Bonjour
tout le monde
permettez
moi de vous donner quelques nouvelles du Libéria et de l'Afrique de l'Ouest ou
je me trouve depuis mars.
Après un
total de 10 666 cas (cas suspects, cas
probables, cas confirmés) et 4806 décès (dont 192 travailleurs de la santé), l'épidémie d'Ebola est officiellement terminée
au Libéria depuis le 9 mai dernier aux critères de l'OMS (soit 42 jours après
l'enterrement du dernier cas confirmé) et le pays est présentement dans une
période de «surveillance renforcée».
L'épidémie
a été gérée ici par le gouvernement Libérien, l'OMS, et plusieurs ONGs dont
Médecins du Monde. A souligné l'aide monétaire importante fournie par les
États-Unis (1.04 milliards$) avec lesquelles le Liberia a de très fortes
relations diplomatiques. L'intervention d'urgence fait maintenant place à une
période de transition pour la reconstruction du pays. Une majorité des centres
de traitements Ebola ferment leur portes, certains partenaires se retirent,
d'autres (comme Médecins du Monde) restent. Chose certaine, il y a encore du
pain sur la planche. L'épidémie Ébola a mit en évidence de graves lacunes
sociales, institutionnelles et politiques du pays. Le ministère de la santé a lancé
un plan de reconstruction pour un système de santé résilient. L'accès à l'eau
potable et aux installations sanitaires, à l'éducation, et le droits des femmes
et jeunes filles sont maintenant considérés comme des priorités pour le pays.
Mais Rome n'a pas été construite en une journée, et le Libéria ne sera pas
reconstruit de sous peu. Les instituions comme un système de taxation efficace
et l'effacement de la (grave!) corruption au niveau gouvernementales prendront
du temps. Mais à voir le sourire, à entendre le rire, à ressentir la joie de
vivre de mes collègues Libériens, je me dis qu'il y a de l'espoir pour tout.
Les Libériens se relèvent encore une fois, et demain est plein de soleil.
Le mois de
mai a aussi connu une campagne nationale de vaccination contre la polio, la rougeole,
et déparasitage d'une semaine pour les enfants de moins de 5 ans. Les
vaccinations de routines ont été arrêtés pendant la crise Ebola (la vaccination
présentait un risque pour les travailleurs de la santé et la population évitait
les hôpitaux) et depuis une épidémie de rougeole fait feu avec 500 cas reportés
(sur une population de 4.29 millions.) L'organisation de cette campagne fut
tout un projet nécessitant une mobilisation extrême des communautés. Puisque l'internet
et les télévisions n'ont pénétrés qu'une minime partie de la population, il
fallait joindre les communautés par d'autres moyens. Il y a eu les pancartes publicitaires
sur la route et les messages textes reçus sur nos téléphones cellulaires (le
niveau de pénétration du téléphone cellulaire dans la population est de 60%.)
Mais avec seulement 47% de la population qui est lettré, le porte à porte
restait une méthode cruciale. J'ai moi-même accompagné mes collègue faire du
porte à porte dans les communautés rurales proches de Monrovia ... dure labeur!
Les Libériens se relèvent et s'organisent pour un futur pleins de promesses.
L'Ebola
fait toujours ravage dans les pays voisins. Selon le dernier rapport
hebdomadaire de l'OMS, 25 cas ont été diagnostiqués dans la dernière semaine de
mai au Sierra Leone et en Guinée, soit une augmentation par rapport à la
semaine précédente. Ce qui est inquiétant c'est que l'OMS ne peut comprendre la
source d'infection de ta totalité de ces cas, laissant croire que des chaines
de transmission sont toujours non détectées par les autorités. Certaines
populations sont toujours résistantes à collaborer avec les autorités, cachent
leurs malades, et continuent leur enterrements traditionnels qui ont tant
contribué à la propagation de la maladie. L'OMS prévoit que la saison des
pluies qui a commencé en Afrique de l'Ouest rendra l'accès encore plus
difficile à certaines populations.
Quand j'ai
commencé à me pencher sur la crise Ebola cette automne dans l'un de mes cours
en Corée, j'avais déjà associé la pauvreté et le sous développement aux
épidémies. À vivre ici au Liberia, je me rends compte plus que jamais de graves
lacunes en matière de santé et éducation des populations et je comprends
comment ces facteurs ont pu joué (négativement) dans la crise. Malgré que
certains blâment la culture Africaine et les comportements des populations
locales dans la crise, moi je crois fortement que le problème fut causé par les
institutions si fragiles des pays. Une éducation de base, assez de nourriture,
et un système de santé universel pour tous et chacun sont la clef pour une
société forte.
Si vous
avez envie d'en connaitre plus sur les détails de la crise Ebola, je vous
invite à regarder ce reportage très intéressant (quoi qu'en anglais) fait par
BBC. Les faits et les images sont crus, mais la verité est bonne à savoir.
Sur ce, je
vous laisse et vous reviens le dès le 22 juin à Montréal.
Avec amour,
LAULAU















